Première Fête des Mères, péridurale et allaitement

Kimbylicieux - Mother's Day

« J’aurai aimé t’annoncer en cette Fête des Mères que j’allais le devenir à mon tour mais ce n’est toujours pas le cas. Tant pis… ». C’est ainsi que j’ai accueilli ma maman l’année passée. J’ai dit ça en faisant mine de prendre un air détaché, cet air qu’on veut donner aux autres pour leur faire croire que ça ne nous atteint pas. Mais si je les ai dit c’est parce qu’il fallait que ça sorte. J’ignorais, en prononçant ces mots, que j’étais alors enceinte.

J’y ai bien réfléchi, et je pense vraiment que pendant longtemps je me suis mise une pression dingue, celle de ne pas être à la hauteur de ma maman. Toute mon enfance n’a été qu’amour, douceur et bienveillance. Je n’ai jamais eu une seule parole blessante de sa part. Ma maman m’a toujours encouragé dans mes projets, à défaut de toujours les comprendre. À mes succès ses félicitations, à mes échecs ses encouragements pour la prochaine fois. Parce qu’elle m’a toujours assuré et aujourd’hui encore que je dois faire en sorte qu’il y ait des prochaines fois pour changer la donne. Alors maman, toi mon modèle, je sais que je ne dois pas me comparer à toi mais m’inspirer au mieux de la merveilleuse maman que tu es pour faire en sorte d’être à mon tour une merveilleuse maman pour mon fils.

Et me voici donc, un an plus tard, pour ma première Fête des Mères. Et c’est magique. Mais pour y arriver, cela n’a pas été de tout repos. On a beau suivre des cours de préparation à l’accouchement, à la gestion de la douleur, on ne peut pas tout prévoir. Je m’étais faite à l’idée que ça pouvait être long (ça l’a été) et douloureux (ça l’a été aussi). En revanche, je n’avais jamais envisagé d’éventuelles complications juste après. Et ça, ça été un vrai traumatisme aussi bien pour mon corps que mon esprit. Je ne m’étendrai pas sur le sujet mais je tiens à souligner l’incroyable travail de l’équipe médical qui nous a accompagné mon mari, mon bébé et moi non seulement parce que j’ai été prise en charge immédiatement et dans le respect de mes souhaits au regard de ce qui était possible de faire et parce qu’à aucun moment ils n’ont été livrés à eux-mêmes quand j’étais séparé d’eux.

Il m’a fallu du temps pour me décider à rédiger ce billet. D’abord pour panser mes blessures, accepter que cela fasse partie de mon histoire, être reconnaissante, consciente de ma chance de vivre dans un pays qui dispose de tout un arsenal médical et avancer. Ensuite pour trouver la force d’aborder deux sujets qui me tiennent à cœur mais qui souffrent de tabou et qui sont sujets à tellement de critiques : la péridurale et l’allaitement.

« Et vous comptez demander la péridurale ? »

Ah, la fameuse péridurale. Que de fantasmes et de critiques autour de cet acte médical. La comparaison est audacieuse mais imaginez que vous n’avez jamais eu mal à la tête et qu’on vous demande si vous voulez du paracétamol. Comment répondre à cette question autrement que par « je ne sais pas ».

Oui, non, peut-être. Souffrir pour souffrir ce n’est pas mon délire, nous sommes tous différent face à la douleur et sa gestion et surtout on ne peut pas tout prévoir. Avant d’être enceinte j’ étais du genre control freak. Cette aventure m’a transformée car on ne contrôle pas grand-chose enceinte, on n’en a que l’illusion. Les circonstances ont fait que j’ai assez tôt accepté la péridurale et je suis contente de l’avoir fait car la suite a malgré tout été douloureuse. Sans ce coup de pouce je n’ose imaginer ce qu’il se serait passé.
Alors à ceux qui crient que la péridurale est un scandale (soyons honnêtes ce sont plutôt les femmes), qu’accoucher se fait depuis la nuit des temps et qu’on faisait très bien sans, merci mais ça suffit. Déjà parce qu’on n’est plus avant (le Moyen-Âge doit bien avoir certains charmes mais il est aussi très bien à sa place, dans le passé) ensuite pourquoi faire culpabiliser celles qui envisagent d’y recourir ou y ont eu recours ? Quel est l’intérêt? Est-ce que vous pensez vraiment qu’une femme sera une meilleure mère sans péridurale?

« Et bien sûr tu vas allaiter, parce que c’est ce qu’il y a de mieux ! »

C’est curieux cette fascination qu’ont les proches (et par là je veux dire les femmes à nouveau) pour la poitrine, son contenu et ce qu’on compte en faire. En fait…ce ne sont pas leurs affaires. Point. Et ça devrait s’arrêter là mais non il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que le lait maternel est ce qu’il y a de mieux pour votre enfant en vous déballant la liste des bienfaits, qu’ils soient établis ou fantasmés : anticorps, économie, lien fusionnel et j’en passe.

Que de regards réprobateurs et de remarques passives-agressives à l’évocation du lait en poudre. À croire que nourrir son bébé autrement qu’au sein fait donc de vous une mauvaise mère. Peu importe que vous vous leviez aussi la nuit à de nombreuses reprises, peu importe que vous soyez attentive aux besoins de votre bébé, vous ne l’allaitez pas. Mère indigne, va !  La fatigue, la douleur, le baby blues, le simple fait de ne pas avoir envie… Je trouve ça terrible pour toutes celles qui se sentent obligées de se justifier. Du repos, de l’écoute, du temps pour soi, ne sont que quelques-uns des besoins d’une maman. Les donneurs de leçons osent-ils seulement s’imaginer que la maternité, aussi merveilleuse soit-elle, n’est pas un long fleuve tranquille ?

J’allaite, ce n’est pas un secret. Mais avant ma première échographie, l’allaitement ne m’était absolument pas apparu comme une évidence – loin de là. J’avais beaucoup de craintes, d’interrogations mais à la seconde où je l’ai vu et surtout dès que j’ai entendu son cœur battre, tout s’est envolé. Je m’étais dit que j’allais essayer car pour moi, j’insiste pour moi, c’était cohérent. Si j’étais en mesure de nourrir mon enfant moi-même, je ne me voyais pas y renoncer sans même avoir essayé. J’avais néanmoins posé les conditions : il fallait qu’on soit à l’aise tous les deux, bébé et moi. Je préférais de loin recourir au biberon plutôt que d’allaiter et qu’on soit tous les deux malheureux.

Je crois aux bienfaits de l’allaitement et je mesure chaque jour ses avantages mais aussi ses contraintes et le sentiment d’asservissement qu’on peut ressentir. Ce qui me fait m’accrocher malgré tout c’est que mon enfant est ma priorité, certes, mais aussi que je me sens suffisamment bien que pour ne pas abandonner.

 

Planifiée ou surprise, spontanée ou se faisant attendre, naturelle ou aidée par la science, la grossesse et ses suites et une aventure propre à chaque femme. Et chaque ressenti, vécu, projet de naissance, chaque histoire tout simplement est différente. Qu’il serait difficile de définir ce qu’est être une maman, surtout quand on ne l’est que depuis quelques mois. Outre une fameuse dette de sommeil, des perfusions de caféine et surtout un amour inconditionnel, être maman et plus largement être parent est une incroyable leçon d’humilité. Il faut faire fi de ce qu’on sait ou croit savoir car chaque jour est un nouvel apprentissage. Ce n’est pas une compétition, on ne compte pas les points, il n’y a pas de titre en jeu.

Être parent, c’est aussi apprendre à se boucher les oreilles face à la profusion de conseils. « Mais ces conseils partent d’une bonne intention », encore heureux non ! Et si la vraie bonne intention était d’accepter ces différences sans jugement et faire preuve de bienveillance, tout simplement ?

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4 Thoughts to “Première Fête des Mères, péridurale et allaitement”

  1. Gwen M

    Je partage ton opinion. L’aventure de la parentalité est à mes yeux merveilleuse, elle nous fait avancer en même temps que nos enfants grandissent, et suscite (en moi en tout cas, mais j’imagine qu’il en va de même pour de nombreuses autres) réflexions et remises en question. Et c’est une aventure à nulle autre pareille qui demande simplement bienveillance et soutien…
    Pour nous, mamans hypersensibles ou emplies de doutes, un gros challenge serait peut-être aussi de gagner en indulgence envers nous-mêmes.
    Je t’embrasse !

    1. kimbylicieux

      Indulgence, bienveillance…même combat 🙂

  2. Et y a aussi le cododo, les pleurs, … que tu peux rajouter a la liste. La diversification, toussa. Les gens ont une opinion sur tout et on dirait qu’il est vital, qu’il la donne. De toute façon, tu fais mal, trop, ou trop peu.
    Oui l’allaitement au sein est « meilleurs » parce « qu’adapté et changeant en cours de tetée, du temps, … » ca ne fait pas pour autant du biberon et du lait en poudre un poison qui tue. Il est aussi fait en fonction de l’age et des besoins du bébé.
    D’autant que des problèmes d’allergies et de coliques peuvent aussi s’en meler quelque soit le mode d’allaitement

    Dans tous les cas, je crois sincèrement qu’on fait ce qu’on peut (avec ce qu’on à, que ce soit notre entourage ou nos ressources) et que les gens peuvent être incroyablement blessants et cons (pardon, mais parfois c’est même pire) quand on ne fait pas ce qu’ils pensent être LA BONNE FACON.

    Du coup, ouais, je suis totalement d’accord. D’autant que chacun/chacune le ressent différemment suivant son vécu, son bagage et tout le reste.

    Bon courage pour la suite; la parentalité n’est pas un long fleuve tranquille 😉

    1. kimbylicieux

      Je le pense aussi. Pas une seule et unique façon de faire. J’ai lu récemment des mots qui font encore échos en moi: « le mal, on le fait si bien et le bien on le fait si mal. Faisons de notre mieux »

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